Illustration : Farine pour pizza : type, force et hydratation
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Farine pour pizza : type, force et hydratation

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Une farine pour pizza se choisit sur deux repères : son type, qui décrit le degré de raffinage, et sa force, qui décrit la résistance du gluten. Une tipo 00 forte tient une pousse de 24 heures au frais. Une T45 de pâtisserie s’affaisse bien avant. Le reste découle de ton four et de ton timing.

Ce que le numéro sur le paquet mesure vraiment

Le chiffre imprimé sur un sachet ne parle ni de goût ni de qualité boulangère. Il décrit la matière minérale restée après mouture, autrement dit la part d’enveloppe du grain qui a survécu au tamisage. Cette grandeur porte un nom, le taux de cendres : un échantillon part au four de laboratoire, tout l’organique brûle, le résidu minéral est pesé. La norme française NF V03-720, alignée sur l’ISO 2171, fixe l’incinération à 900 °C.

Les types italiens, cendres et protéines fixées par décret

Le décret du président de la République italienne n° 187 du 9 février 2001 définit cinq catégories de farine de blé tendre, chacune avec un plafond de cendres et un plancher de protéines, sur cent parts de matière sèche.

  • Tipo 00 : cendres 0,55 % au maximum, protéines 9 % au minimum
  • Tipo 0 : cendres 0,65 % au maximum, protéines 11 % au minimum
  • Tipo 1 : cendres 0,80 % au maximum, protéines 12 % au minimum
  • Tipo 2 : cendres 0,95 % au maximum, protéines 12 % au minimum
  • Integrale : cendres entre 1,30 et 1,70 %, protéines 12 % au minimum

Le second chiffre mérite ton attention : la loi italienne impose un minimum de protéines par type, ce que la réglementation française ne fait pas. Une farine tipo 00 est blanche par obligation, mais rien n’oblige un moulin à dépasser ce plancher de 9 %.

T45, T55, T65, la même mesure sur une autre échelle

L’arrêté français du 13 juillet 1963 homologue les types de farine de blé sur la même unité de mesure : le taux de cendres sur matière sèche.

  • T45 : moins de 0,50 % de cendres, la farine de pâtisserie
  • T55 : de 0,50 à 0,60 %, la farine blanche courante
  • T65 : de 0,62 à 0,75 %, la farine des pains de tradition
  • T80 : de 0,75 à 0,90 %, la farine bise
  • T110 et T150 : les farines semi-complètes et intégrales

Les échelles tournent en sens inverse, d’où la confusion permanente : le nombre italien descend quand la farine blanchit, le nombre français monte. En cendres, une farine tipo 00 occupe la zone d’une T45 ou d’une T55, et l’équivalence s’arrête là. Entre une T45 et une farine T55, l’écart tient à un dixième de point : la première est taillée pour la pâtisserie, la seconde sert de farine à tout faire. Ni l’une ni l’autre ne dit rien de la force, et c’est la force qui fait tenir une pâte.

Farine blanche tamisée tombant d’un tamis métallique dans un saladier en inox

La force W, le critère qui commande le temps de pousse

La force se mesure à l’alvéographe Chopin, normalisé par la norme NF EN ISO 27971. Un disque de pâte y est gonflé comme une bulle de savon jusqu’à l’éclatement, et la machine enregistre la courbe de pression. Trois valeurs en sortent :

  • P, la ténacité, soit la pression maximale avant que la bulle ne se développe
  • L, l’extensibilité, soit la distance parcourue avant l’éclatement
  • W, le travail de déformation, soit la surface sous la courbe

Le W résume la force boulangère, le rapport P/L en donne l’équilibre : élevé, il signale une pâte tenace et peu extensible ; bas, une pâte molle qui s’étire sans résistance.

Le disciplinare 2022 de l’Associazione Verace Pizza Napoletana chiffre la cible pour une pousse longue en tipo 00 : W de 250 à 310, rapport P/L de 0,50 à 0,70 avec un idéal à 0,6, et protéines de 11 à 13,5 g %. Pour une farine tipo 0, il accepte un W de 250 à 320 et autorise l’ajout de tipo 1 entre 5 et 20 % au maximum.

Ce texte relie noir sur blanc la durée de fermentation à la force. À 23 °C, une pâte prévue pour 8 heures se travaille avec une farine à W 250-280 et 1,5 gramme de levure de bière fraîche par litre d’eau ; étirée sur 24 heures, la même pâte réclame un W de 290 à 310 et 0,3 gramme. Plus la pousse dure, plus les enzymes attaquent le réseau de gluten, et plus ce réseau doit être solide au départ.

Une farine faible poussée sur 48 heures au frigo finit en flaque collante : le gluten cède avant l’enfournement, le pâton se déchire à l’étalement. Ce qui se joue pendant cette maturation est détaillé dans l’art de la pâte et sa fermentation.

Le taux de protéines, l’indice lisible en rayon

Un paquet de supermarché n’affiche presque jamais la force W. Le taux de protéines, lui, y figure toujours : le règlement (UE) n° 1169/2011, applicable depuis le 13 décembre 2016, rend la déclaration nutritionnelle obligatoire, et celle-ci comprend la valeur énergétique, les matières grasses, les acides gras saturés, les glucides, les sucres, les protéines et le sel.

Le lien reste imparfait, puisque deux farines au même taux se comportent parfois très différemment selon la variété de blé. Faute de mieux, cette ligne demeure le seul repère en grande surface : compare deux paquets, retiens le plus riche. Les farines vendues sous le nom de Manitoba, du nom de la province canadienne dont vient ce blé de force, occupent le haut de l’échelle.

Mains plongées dans un bac de farine blanche, grains fins glissant entre les doigts

Quelle farine choisir selon la pizza que tu vises

La meilleure farine n’existe pas dans l’absolu. Elle existe pour un couple précis : une durée de pousse et une température de cuisson.

Pour une napolitaine à pousse longue, vise une tipo 00 dans le haut de la fourchette AVPN, autour de W 300, hydratée entre 55 et 62 % et maturée 24 heures au frais. Le règlement (UE) n° 97/2010, qui protège la Pizza Napoletana en spécialité traditionnelle garantie, décrit une cuisson au four à bois atteignant 485 °C : en 60 à 90 secondes, le gluten doit tenir assez pour gonfler d’un coup.

Au four ménager, la donne change. La cuisson dure 8 à 12 minutes à 250 ou 300 °C, la pâte sèche lentement. Une farine T65 ou une tipo 0 honnête suffit, avec 12 à 24 heures de pousse au frais. Pousser une farine très forte ici se retourne contre toi : la pâte résiste à l’étalement et se rétracte. Le four que tu utilises pèse plus lourd que la mention imprimée sur le sachet, et chaque style de pizza impose sa contrainte propre.

Pour une pâte à la poêle ou sur plaque, cuite lentement au contact du métal, une T55 fait le travail : hydratation modérée, pousse de quelques heures, objectif croustillant du fond.

Où trouver une vraie farine pour pizza ? Le rayon des grandes surfaces propose des sachets estampillés pizza, souvent des tipo 00 sans indication de force. Les épiceries italiennes et les moulins qui vendent en direct élargissent le choix. Les grossistes pour pizzerias, eux, livrent des sacs de 5 ou 25 kilos avec une fiche technique qui affiche le W, le P/L et l’absorption : c’est le seul circuit où la force se lit avant l’achat.

Hydratation, ce que ta farine accepte de boire

L’hydratation, c’est le poids d’eau rapporté au poids de farine : 620 grammes d’eau pour 1 000 grammes de farine donnent 62 %. Ce taux dépend de ce que la farine absorbe réellement, une valeur que les fiches techniques affichent sous le nom d’absorption. Le disciplinare AVPN 2022 retient 55 à 62 % pour les farines admises, et sa recette de référence tourne dans le même ordre : 1,6 à 1,8 kilo de farine par litre d’eau.

Une farine faible noyée d’eau ne donne pas une pâte hydratée, elle donne une soupe. Le gluten n’a pas la structure pour retenir le liquide : la pâte colle, s’étale au lieu de gonfler, le pâton perd sa tension. Monter à 70 % réclame une farine forte et un pétrissage maîtrisé. Autre source d’eau, oubliée au moment de garnir : une sauce trop liquide ou une mozzarella trop humide déposent leur part sur le disque, et aucune farine ne rattrape ça.

Pâton de pizza lisse et bombé reposant dans une caissette en bois légèrement farinée

Semoule de blé dur et mélanges, leur vraie place

La semoule de blé dur ne remplace pas le blé tendre dans un pâton de pizza. Son rôle se joue sur le plan de travail, au moment de l’étalement.

Le décret italien de 2001 déjà cité définit la semola comme un produit granulaire à arêtes vives, obtenu par mouture et tamisage du blé dur, avec un plafond de cendres de 0,90 % et un minimum de 10,50 % de protéines, et autorise la production de semoule et de semolato remoulus destinés à la panification : la fameuse rimacinata.

Sur le marbre, cette granulométrie grossière joue le rôle de roulement à billes et le pâton glisse au lieu d’adhérer. Le disciplinare de l’AVPN autorise explicitement la semoule rimacinata pour l’étalement, à condition que le résidu déposé ne compromette pas le goût final.

Couper une farine avec une autre fonctionne, à condition d’en connaître le sens : un peu de tipo 1 dans une tipo 00 apporte du goût de céréale, de la T45 dans une farine forte raccourcit la pousse supportée. Sans blé, la logique change du tout au tout, puisqu’il n’y a plus de gluten à structurer : les farines de pizza sans gluten compensent avec des mélanges de riz, de sarrasin et de fécules.

Ce qui annule le travail d’une bonne farine

Cinq fautes reviennent en boucle, chez les débutants comme chez les habitués pressés.

  1. Choisir une farine trop faible pour 24 heures de frigo. Le réseau se dégrade, le pâton s’affaisse dans son bac. Vérifie le W avant de programmer la pousse, jamais après.
  2. Prendre la T45 par défaut. C’est la plus vendue et la plus fine du rayon, mais elle tient une pousse courte à température ambiante, rien de plus.
  3. Noyer le plan de travail sous la semoule. L’excédent tombe sur la sole, brûle et donne au fond une amertume noire.
  4. Sortir le rouleau à pâtisserie. Il écrase les bulles formées pendant la pousse, quelle que soit la qualité de la farine de blé employée. Le disciplinare de l’AVPN interdit d’ailleurs rouleau et presse mécanique.
  5. Changer de farine sans changer le protocole. Une force différente veut dire une autre durée de pousse, une autre dose de levure, une autre hydratation.

Conserver un paquet ouvert sans le perdre

La stabilité d’une farine tient à sa sécheresse. Le décret italien de 2001 plafonne l’humidité des farines de blé tendre à 14,50 %, avec une tolérance à 15,50 % qui doit alors figurer sur l’étiquette. Au-delà, le produit devient un terrain favorable aux moisissures.

Transvase donc dans un contenant hermétique dès l’ouverture, au sec et loin des sources de chaleur. La date de durabilité minimale, ce « à consommer de préférence avant le » prévu par le règlement (UE) n° 1169/2011, n’est pas une date limite : une farine dépassée de quelques semaines reste utilisable, avec une levée parfois moins vive. Les farines complètes rancissent plus vite, parce qu’elles conservent le germe et ses matières grasses.

Le test qui tranche en une fournée

Achète deux paquets : une tipo 00 vendue pour la pizza, fiche technique à l’appui, et la T55 qui dort déjà dans ton placard. Prépare deux pâtons strictement identiques, même eau, même sel, même levure, 24 heures au frais. Sors-les ensemble et étale-les à la main. Le pâton qui s’ouvre sans se déchirer te dira ce que la force change vraiment.

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L'équipe Patapizz

Passionnes de gastronomie italienne, nous partageons nos decouvertes, nos adresses et nos conseils pour tous les amoureux de la pizza.

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